La santé de Macron, un « grand secret » d'État ? France-Soir au tribunal administratif de Paris pour briser l'omerta .

Paris, 9 avril 2026. Ce matin, au Tribunal administratif de Paris, une audience pas comme les autres s'est tenue dans une relative discrétion. France Soir, représenté par son directeur de la rédaction Xavier Azalbert et l'avocate Maître Diane Protat, demandait ni plus ni moins que la transparence sur l'état de santé du président de la République, Emmanuel Macron.
Un engagement de campagne aux oubliettes
Tout commence par une promesse. Lors de ses deux campagnes présidentielles, Emmanuel Macron s'était engagé à publier ses bulletins de santé. Un engagement resté lettre morte. France Soir a constaté qu'aucun bulletin de santé n'avait été publié sur le site de l'Élysée depuis décembre 2020 — à l'exception d'une communication indiquant que le président avait contracté le Covid. Plus troublant encore : en décembre 2022, dans une interview, Macron avait lui-même déclaré « qu'il avait souffert d'une grave dépression » . Une révélation qui interroge sur son aptitude à exercer la plus haute charge de l'État.
L'Élysée sort les griffes
La démarche de France Soir n'a pas été accueillie avec bienveillance. Après avoir sollicité le médecin militaire du président, le docteur Jean-Christophe Perrochon, une réponse ferme est venue du directeur de cabinet de l'Élysée, Patrice Faure — « nous menaçant et nous demandant d'arrêter de demander au docteur Perrochon d'établir ces bulletins de santé » , rapporte Maître Protat. Saisie, la CADA n'a pas davantage donné suite. C'est donc le tribunal administratif qui a été saisi.

Une question prioritaire de constitutionnalité au cœur des débats
L'audience a permis de déposer une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) ciblant l'article L1110-4 du Code de la santé publique, relatif au secret médical. L'argument : ce texte, tel qu'il est rédigé, ne prévoit aucune exception pour le chef de l'État, paralysant de fait l'article 7 de la Constitution sur l'empêchement présidentiel. Maître Protat s'appuie sur une jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, issue de l'affaire du Grand Secret — l'ouvrage du docteur Gubler révélant que François Mitterrand avait dissimulé son cancer tout au long de ses mandats. La CEDH avait alors rappelé que « s'agissant des élus, notamment des présidents, il fallait un juste équilibre dans une société démocratique » entre secret médical et droit à l'information.
QPC : « L’article L.1110-14 du Code de la santé publique, en ce qu’il consacre le secret médical sans prévoir d’exception pour la communication des informations relatives à l’état de santé du Président de la République nécessaires à l’exercice du droit de la société à demander des comptes à tout agent public de son administration, garanti par l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et à l’application de la procédure d’empêchement prévue par l’article 7 de la Constitution, méconnaît-il les droits et libertés garantis par la Constitution, notamment le principe de transparence et l’exigence de continuité de l’Etat ? »
« La transparence, est-ce pour les citoyens et pas pour les dirigeants ? »
Xavier Azalbert résume l'absurdité dénoncée par France-Soir : « La transparence, c'est pour les citoyens et pas pour les dirigeants. » Une double vitesse démocratique que le tribunal semble avoir prise au sérieux : en fin d'audience, le président de la formation a « pris le temps de dire quelques mots publics, mais aussi de saluer le courage des journalistes qui portaient cette question d'importance » , souligne Maître Protat.
En attendant, la question sur l'état de santé de Macron, ainsi que ses engagements sur la transparence subsistent.

Le délibéré est attendu le 23 avril 2026.
Source : France-Soir
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