L’affaire Nahel est un véritable scandale politico-judiciaire !
Et c’est le président de la République, garant des institutions et notamment de l’indépendance de la justice, qui rompit le premier le pacte républicain et son principe fondamental de la présomption d’innocence !
La déclaration de Macron, seulement quelques heures après le décès du jeune Nahel lors d’un refus d’obtempérer est scandaleuse :
Un adolescent a été tué et c’est inexplicable et inexcusable !
Mais si cette déclaration de Macron est elle-même inexcusable, elle est loin d’être inexplicable puisque on a pu vérifier très souvent que la politique intérieure de Macron était largement conditionnée par sa terreur panique des réactions de « la rue arabe » !
Outre, cette déclaration intempestive, l’enfermement préventive durant 4 mois, du policier Florian M. a confirmé le parti-pris de l’exécutif et de la justice qui, pour tenter d’éviter des troubles publics, a choisi le délinquant multirécidiviste contre le policier jusqu’alors exemplaire.
Cela n’empêcha nullement les émeutes qui durèrent dix jours et entrainèrent plus d’un milliard d’euros de dégâts !
Voici un article de Valeurs actuelles qui dénonce la faillite de la justice dans cette affaire :
Affaire Nahel : « La justice a mis presque trois ans
à prendre en compte le point de vue du policier »
Journaliste police-justice à Europe 1 (sécurité, défense, renseignement), William Molinié est l’auteur de Dernier recours – Enquête sur l’affaire Nahel (Mareuil, 2026). Dans cet ouvrage, il revient sur une affaire bien plus nuancée que le récit médiatique ne l’a laissé entendre.
Valeurs actuelles. Alors que Florian, le policier auteur du tir mortel sur Nahel en 2023, avait été mis en accusation pour meurtre en 2025, la cour d’appel de Versailles a finalement requalifié les faits, le 5 mars, en « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Comment analysez-vous ce revirement judiciaire ?
William Molinié. Jusqu’à présent, le juge d’instruction, le parquet et le parquet général avaient estimé qu’il s’agissait d’un homicide volontaire, d’un meurtre. Or, pour qualifier un acte d’homicide volontaire, il faut prouver qu’il y a, derrière cet acte, une intention homicide. La plupart des meurtriers ne clament pas haut et fort leur désir de meurtre, donc la justice procède par déduction, à partir d’un faisceau d’indices. On examine les éléments et on se demande si le policier, en tirant, savait que son geste ne pouvait pas ne pas tuer Nahel.
Dans l’enquête, il y a effectivement des éléments qui peuvent suggérer cette intention homicide, et d’autres qui l’infirment. Notamment le fait que le tir de Florian a été dévié par le mouvement de la voiture et qu’à l’origine il devait toucher Nahel bien plus bas. Beaucoup d’autres éléments peuvent être utilisés à décharge. Mais celui que je trouve le plus fort, c’est la constance de Florian dans ses déclarations. Dès le départ, le policier a dit : « Je ne voulais pas le tuer ». Et il s’en est tenu à cette position. Il aurait très bien pu essayer de basculer dans une version du type « le tir est parti tout seul », ce qui aurait permis de réduire considérablement la peine encourue. Mais il est resté constant du début à la fin. Et ça, ce n’était pas un axe de défense facile.
Aujourd’hui, pour la première fois, la chambre de l’instruction se met dans les yeux du mis en cause. Pour la première fois, on s’intéresse à la nécessité qu’a ressentie Florian sur le moment, à la peur qu’il a eue de perdre son coéquipier et de mourir. Pour la première fois, la justice ne s’intéresse plus seulement aux sept secondes qui ont suivi le tir, mais à tout ce qui a précédé cet acte.
La justice a mis quasiment 1 000 jours à s’intéresser réellement au point de vue du policier.
L’affaire est souvent expliquée à partir du moment du tir, alors que ce qui s’est passé avant a été déterminant. Y compris 24 à 48 heures avant, avec cette voiture jaune moutarde aperçue dans les rues de Nanterre, qui inquiétait les habitants parce qu’elle faisait des rodéos. Une voiture avec une plaque polonaise, dans un environnement aussi criminogène que Nanterre, ce n’est pas anodin.
Vous consacrez un chapitre à la “justice sous pression”. L’institution a-t-elle été influencée au cours de cette affaire ?
La pression s’est fait sentir dès les premiers instants qui ont suivi le tir mortel. Le lendemain, Emmanuel Macron a qualifié le geste de Florian d’« inexcusable ». Ce terme ne relève pas de la morale mais de la justice : si on ne peut pas être excusé, cela signifie qu’on est coupable.
À cette pression politique s’est ajoutée la pression de la rue. La marche blanche organisée par la mère de Nahel a lieu au moment exact où Florian se trouve dans le tribunal de Nanterre, face au juge des libertés et de la détention, qui doit statuer sur sa mise en détention provisoire. Depuis l’intérieur du tribunal, les magistrats voient les effluves de fumée qui se dégagent de la manifestation, dans un contexte de fortes violences urbaines. Le soir même, une annexe du tribunal de Nanterre est incendiée. La pression est donc quasiment physique pour la justice.
Pourquoi avoir intitulé votre livre « Dernier recours » ? Selon vous, Florian n’a pas eu le choix au moment où il a tiré ?
Oui. Je ne suis ni juriste, ni policier, même si je connais un peu ces deux domaines. Mais si je me glisse dans la peau d’un juré qui devrait se prononcer dans cette affaire et que j’interroge mon intime conviction, je peux affirmer que, selon moi, Florian n’est pas un meurtrier.
Est-ce qu’il a tiré dans un cadre conforme du droit ? Je suis persuadé qu’il remplit un certain nombre de critères. Le problème, c’est qu’il faut tous les remplir. Ce qui est certain en tous les cas, c’est qu’il a tiré en dernier recours et qu’il s’est vu mourir et qu’il a eu peur pour la vie de son coéquipier.
Paradoxalement, même si la justice l’a accusé de meurtre dès le départ, elle est la seule à pouvoir blanchir définitivement Florian et à pouvoir porter la conviction qu’il a d’avoir tiré dans le cadre de la loi.
Est-ce qu’il y a un avant et un après dans l’état d’esprit des policiers confrontés quotidiennement à des refus d’obtempérer ?
Il y a clairement eu un avant et un après. Même à supposer que Florian soit relaxé à la fin, acquitté, ou qu’il bénéficie d’un non-lieu, quel policier prendra le risque de sortir son arme dans des circonstances similaires ? Si c’est pour traverser une telle épreuve, être lâché par le politique, lâché par les médias, chargé par la justice … est-ce que ça vaut la peine ?
Les policiers ne sont pas très bien payés, ils prennent des risques. Le doute s’est installé collectivement au sein de la police, surtout dans la hiérarchie, et c’est dramatique. La hiérarchie demande régulièrement à ses policiers de ne pas prendre de risques. Je redoute le jour où un policier ne fera rien, à cause de ce doute, et qu’il en paiera le prix cher.
Cette inhibition qui prend de plus en plus d’ampleur dans les rangs de la police doit inquiéter tous les citoyens. Dans ce genre de situation, les policiers ont un quart de seconde pour décider quoi faire. Et le doute qui peut s’insinuer à ce moment-là, à cause de ce genre d’affaires, peut être fatal pour leur vie comme pour celle des autres.
Faut-il repenser notre manière de traiter ces affaires lorsque ce sont des policiers qui sont mis en cause ?
Plusieurs syndicats de police réclament une présomption de légitime défense ou une présomption de tir légitime pour les forces de l’ordre. Cette mesure pourrait pour redonner confiance aux policiers dans leur capacité d’utiliser leur arme quand cela est nécessaire.
En revanche, je ne ne pense pas que cela changera la longueur de l’instruction ni que cela évitera la détention provisoire. C’est une mesure avant tout symbolique.
Il n’est pas certain qu’elle aurait eu une incidence concrète dans le cas de Florian. La justice aurait pu poursuivre Florian pour violences ayant entraîné la mort dès le départ et ne pas le placer en détention provisoire. Il ne faut pas oublier que la justice est une volonté. Derrière les arguments pénaux, il y a des hommes qui prennent des décisions.
Pourquoi la ville de Nanterre (Hauts-de-Seine) est-elle devenue l’épicentre des émeutes ?
Pourquoi Nanterre ? Pour moi, cette question reste toujours un peu un mystère. Cette ville n’a rien à voir avec Clichy-sous-Bois, épicentre des émeutes de 2005. Il s’agissait d’une ville enclavée, difficile d’accès depuis Paris. Après les émeutes de 2005, les études sociologiques se sont multipliées, on a mis en place des grands programmes de rénovation urbaine. Après les émeutes de 2023, rien n’a été proposé. Nous n’avons tiré aucune leçon de ce qu’il s’est passé.
Nanterre est une ville hyperconnectée, à la fois à Paris et au reste de la banlieue. C’est aussi un nid criminogène, ce qui peut en partie expliquer que l’embrasement ait eu lieu à partir de cet endroit. Une autre raison, c’est la récupération de l’ultra-gauche, à commencer par le comité Adama Traoré. Le soir même du drame, une vidéo de la mère de Nahel appelant à la révolte a été postée sur les réseaux sociaux du comité. Cette proximité s’est créée très rapidement.
Dans la même soirée, l’agitateur Taha Bouhafs, ancien de la France insoumise et professionnel de la déstabilisation, s’est emparé du sujet et a mené la marche pour Nahel. L’ultra-gauche n’était pas à la manœuvre dans les émeutes, ce serait exagéré de l’affirmer, mais elle a tenté d’en profiter pour alimenter l’embrasement. C’est un des vieux rêves de l’ultra-gauche que d’amener les quartiers à l’insurrection.
Avec les municipales, plusieurs candidats de la France insoumise l’ont emporté dans des villes de banlieue parisienne, comme à Saint-Denis avec Bally Bagayoko. On peut légitimement s’inquiéter : si un événement de ce type se produit à nouveau et génère des émeutes, comment réagiront ces maires ? Est-ce qu’ils seront coopératifs et tenteront de calmer l’insurrection ?
L’affaire Nahel a-t-elle fait l’objet de contre-vérités dans la presse ?
Il y a eu un emballement médiatique lié à l’émotion dégagée par la vidéo du tir, devenue virale. Cet emballement a été accentué par un faux témoignage, celui du passager avant de la voiture, qui a livré une version totalement erronée en affirmant notamment que les policiers avaient frappé la tête de Nahel à coups de crosse, ce qui a plus tard été démenti par l’expertise médico-légale.
La réaction d’Emmanuel Macron après le drame n’a pas aidé. Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, n’a pas non plus été un soutien véritable pour le policier. Je ne parlerais donc pas de fake news à ce stade mais d’une distorsion de la réalité liée à un emballement médiatique très intense.
Aujourd’hui, alors que les faits sont connus, certains médias s’évertuent à présenter cette affaire de façon erronée. Dans certaines dépêches de presse on lit encore que Nahel « a été tué lors d’un contrôle de police » et non lors d’un refus d’obtempérer. Dans ce cas-là, il s’agit de fake news délibérées et c’est inadmissible.
Vous décrivez votre rencontre avec Julien, le coéquipier de Florian au moment du drame. Comment se porte-t-il aujourd’hui ?
Il essaye de continuer à vivre. Il est toujours policier, il travaille toujours dans la sécurité routière, malgré ce qu’il s’est passé. Mais on sent qu’il y a chez lui quelque chose de très lourd à porter. Il ressent évidemment une forme de culpabilité liée à la mort de Nahel, tout comme Florian, qui a décrit ce sentiment aux enquêteurs. Mais chez lui, il y a une autre culpabilité, plus intime encore : celle d’avoir déclenché le contrôle de police. C’est son flair de flic qui l’a conduit à contrôler la voiture.
Et c’est là que tout a basculé. Parce qu’au moment où Julien repère le véhicule, il n’y a quasiment rien à reprocher au conducteur, si ce n’est qu’il se trouve dans la file réservée au bus. Si le contrôle s’était passé normalement, Julien et Florian se seraient rendu compte que Nahel n’avait pas le permis, qu’il était mineur ; ils l’auraient conduit au commissariat, et on en serait resté là. Une procédure banale, comme il en existe tous les jours.
Mais au lieu de cela, il y a eu ce refus d’obtempérer. Puis cet engrenage. Cette succession de secondes où tout s’accélère, où les décisions se prennent dans l’urgence, jusqu’au tir. Ce qui est très marquant c’est que Julien dit que l’issue judiciaire de Florian, il la prendra pour lui. Cette charge, il la porte tous les jours.
Pauline Condomines pour Valeurs actuelles.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire