« J’avais un camarade,
De meilleur il n’en est pas ;
Dans la paix et dans la guerre
Nous allions comme des frères
Marchant d’un même pas… » (« La Cavalcade », paroles de Jean de Brem)
Samedi 21 février, lors de la manifestation à Lyon en hommage au jeune Quentin Deranque, sauvagement assassiné par les nervis de l’ultragauche, quelques jeunes ont entonné deux chants qui m’ont fait chaud au cœur ; deux airs qui font partie de nos chants de tradition : « La Ligue Noire » (ou « Les Fantassins du Lyonnais ») et « La Cavalcade ». Ceci m’a donné l’occasion de mesurer, une fois de plus, le niveau de nullité, de médiocrité, d’inculture crasse de la plupart de nos journalistes. Formatés, biberonnés, aux idées de gauche dans les écoles de journalisme, certains commentateurs ont déclaré qu’il s’agissait de chants… nazis ; CQDF ! En effet, que peut-on chanter d’autre pour un hommage à celui que Ségolène Royal a osé qualifier de néo-nazi ? Ségolène et moi, nous sommes de la même génération. Son père était un lieutenant-colonel artilleur colonial, un « bigor » (1) ; le mien était lieutenant-colonel artilleur parachutiste. Nos pères ont fait la guerre d’Algérie. Elle est le quatrième enfant d’une famille de huit ; je suis le cinquième d’une fratrie de sept. Elle est diplômée de l’ENA ; je suis diplômé de l’ENAss (2), c’est moins prestigieux ! Nous sommes des enfants de mai 1968 mais elle a suivi le mouvement de délitement de la France alors que je l’ai combattu. Ségolène n’est pas née dans une HLM d’une quelconque banlieue rouge, elle n’a donc pas l’excuse d’être issue d’un milieu défavorisé. Chez les gens civilisés, on ne tire pas sur une ambulance, encore moins sur un corbillard ; c’est infect, abject, dégueulasse… Cette génération post-soixante-huitarde me fait vomir !
Puisque la culture générale et l’honnêteté intellectuelle ne sont assurément pas des qualités qui fleurissent chez nos journalistes de gauche, je vais leur expliquer l’origine de ces chants… nazis, en commençant par « La Cavalcade » qui figure depuis des lustres sur les livrets de chants scouts.
C’est bien un Allemand, Friedrich Silcher, qui, en 1825, a mis en musique le poème « Der gute Kamerad », composé en 1809 par Ludwig Uhland, à l’époque de l’occupation du royaume par les troupes de Napoléon 1er. Ce chant fera la gloire de Silcher, peu connu jusque là. Il devient ensuite « Ich hatt’ einen Kameraden ». Véritable hymne à la camaraderie au combat, les Allemands, à l’instar de leur hymne national, l’écoutent debout. Le poème date de 1809, la musique de 1825. Adolf Hitler a créé le « parti national-socialiste des travailleurs allemands » (NSDAP) en 1920, un gros un siècle plus tard. Ce chant est arrivé chez nous après la Seconde Guerre mondiale, quand des Allemands se sont enrôlés en nombre dans la Légion Étrangère. Chez ces soldats d’élite, devenus français « par le sang versé », on honore ses camarades morts (au combat, de maladie ou de vieillesse). Lors de leurs obsèques on chante « j’avais un camarade ». C’est une belle tradition qui mérite le respect !
La version française de « La Cavalcade » a été composée par le journaliste Jean de Brem (3), lieutenant parachutiste en Algérie et dernier résistant de l’Algérie française, abattu par la police, en plein Paris en avril 1963. « J’avais un camarade » est souvent chanté chez les parachutistes. Il l’a été, entre autres, en juin 2010, aux obsèques du général Bigeard, l’un de nos plus beaux soldats (4).
L’histoire de la « La Ligue Noire » serait trop longue à raconter ici, mais ce chant est né lors du soulèvement de Lyon, entre juin et novembre 1793 (5). Une révolte de républicains qui avaient pris des royalistes comme chefs, commandés par Louis François Perrin de Précy. La Convention, alors dominée par les Montagnards, décida de les réprimer par la force. Pour mâter ces rebelles, elle va envoyer l’armée des Alpes. Celle-ci fait face à une offensive des Piémontais en Savoie et ne peut pas faire mouvement avant le 10 août 1793. Le 23 septembre, Lyon est bombardée par 44.000 boulets, bombes et obus, puis encerclée. Le 8 octobre, les forts de Saint-Irénée et de Saint-Just tombent. Le lendemain, Perrin de Précy s’échappe et passe en Suisse ; les insurgés capitulent à midi.
La répression sera terrible et cet épisode oublié de notre histoire mérite qu’on s’y attarde un peu, ne serait-ce que pour l’édification des thuriféraires de la Révolution et de tous les imbéciles qui en ont fait leur marqueur idéologique.
Dès le 11 octobre, la Convention crée une « commission extraordinaire » de cinq membres chargée de « punir militairement et sans délai les criminels contre-révolutionnaires de Lyon ». Elle décide le même jour de la destruction des murailles de la ville. Le lendemain, la Convention décrète que « Lyon perdra son nom, elle sera appelée « Ville-Affranchie ». Elle sera détruite. Tout ce qui fut habité par le riche sera démoli, il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égarés ou proscrits… Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville avec cette inscription : « Lyon fit la guerre à la liberté ; Lyon n’est plus. ». Le quartier Bellecour devient « canton Égalité », la place Bellecour « place de l’Égalité », le quartier de l’Hôtel-Dieu « canton-sans-culotte ». Tout rebaptiser est un des nombreux délires de cette époque funeste où on massacrait des innocents au nom de la liberté.
Dès le 11 octobre, on va fusiller 106 personnes, dont les lieutenants de Précy. Puis, à partir du 21 octobre, la commission dite « de justice populaire » fait guillotiner 79 personnes, mais comme cette justice n’est pas assez expéditive, Collot d’Herbois et le nantais Joseph Fouché vont décider de substituer des mitraillades collectives aux fusillades individuelles et à la guillotine. C’est ainsi que, les 4 et 5 décembre, 477 condamnés seront massacrés, en trois vagues, hachés par des canons chargés à mitraille dans la plaine des Brotteaux ; une véritable boucherie ! Parmi les victimes, on compte des personnalités dont le chanoine Roland (frère du ministre), des prêtres, des religieux et religieuses, des négociants, des marchands, des artisans, des aristos, des gens du peuple (ouvriers, domestiques), mais aussi des contre-révolutionnaires expédiés des prisons de Feurs, Montbrison, Saint-Étienne et même des départements voisins (Loire, Ain, Saône-et-Loire, Isère, Allier). Certaines victimes n’avaient rien à se reprocher, comme Anne-Marie Giraud des Echerolles dont le frère, capitaine des insurgés, avait réussi à quitté Lyon. Elle sera guillotinée le 11 février 1794.
Le bilan de ces crimes est connu : les commissions ont exécuté 1867 personnes, mais, entre le 20 germinal et la chute de Robespierre le 10 thermidor an II (28 juillet 1794), le tribunal criminel du département a pris le relais, condamnant au moins 15 personnes à la peine de mort.
À ces victimes, il faut ajouter celles du siège, tuées, mortes de famine ou de misère, dont le chiffre est inconnu. « La Ligue Noire » est un chant magnifique chanté par certains insurgés alors que les canons chargés à mitraille tiraient sur eux. Les commentaires fielleux de commentateurs ignares sont une atteinte à la mémoire des martyrs de la furie révolutionnaire.
« La Ligue Noire » et « La Cavalcade » font partie de nos chants de tradition. Il est donc logique que les gens qui rejettent notre histoire, nos valeurs et notre culture, ces gens qui voient des fascistes et des nazis partout, ne le sachent pas mais alors, de grâce, QU’ILS SE TAISENT !
Éric de Verdelhan
1) Comme d’ailleurs un de ses oncles qui, en 2007, déclarait à la presse « Ma nièce est folle ! ».
2) ENAss : École Nationale d’Assurance. Je tiens à préciser que « ss » derrière la « A » n’a rien à voir avec mes convictions politiques bien que je sois irrémédiablement catalogué dans la « fachosphère ».
3) Jean de Brem est l’auteur de « Testament d’un Européen », livre posthume publié en 1964.
4) Ce qui fut à l’origine d’une polémique idiote entre le général Dary, gouverneur militaire de Paris et le général Cann, président d’une association parachutiste.
5) « Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la Révolution française (1789-1795) », d’Alphonse Balleydier, publié en 1845.
que nous apporte la gauche depuis qu' elle existe, si ce n' est des gestions catastrophiques, et des troubles à l' ordre public !
RépondreSupprimerFacile pourtant de montrer la marche pour Quentin, et en face les émeutes pour Nahel !
Une chanson que j' aime beaucoup,
es steht ein Soldat am Volgastrand
Bonne journée
Amitié