
« Le plus souvent l’apparence déçoit. Il ne faut pas toujours juger sur ce qu’on voit. »
(Tartuffe de Molière)
En cette période de la Nativité, la presse, qui n’a pas envie de nous parler de la naissance du Christ, nous a déjà annoncé qui est – qui sera ? – la personnalité préférée des Français en 2026. Et dans ce pays que l’on dit raciste et antisémite, c’est Jean-Jacques Goldman qui reste au sommet du classement « pour la 8e année consécutive et la 14e fois depuis le lancement de ce baromètre, incarnant une figure transgénérationnelle auprès des Français. Il est suivi par l’acteur, Omar Sy… ». Je n’aime pas spécialement Goldman mais je lui reconnais du talent. En revanche, je ne supporte pas Omar Sy, cet exilé fiscal donneur de leçons. Mais ce classement prophétique, par anticipation, alors que nous sommes encore en 2025, me donne l’occasion de vous parler d’un autre personnage qui jusqu’en 2003, aura été durant plus de 10 années consécutives la personnalité préférée des Français (il a été cité 16 fois pour être précis) : l’abbé Pierre. Ce curé a fait l’objet de 4 rapports – sur lesquels je reviendrai – en 2024 et 2025 mais bizarrement les médias mainstream sont restés discrets sur les révélations concernant celui qu’ils ont porté aux nues pendant des années.
Il y a déjà longtemps, je me suis fait insulter pour avoir osé traiter l’abbé Pierre de « salopard » dans un article. Je lui reprochais, entre autres, d’avoir refusé une prière pour les soldats de Diên-Biên-Phu qui faisaient « une sale guerre colonialiste » ; d’avoir soutenu le FLN en Algérie et condamné la torture pratiquée par notre armée (1) ; et d’être connu – oui, déjà ! – pour être un chaud lapin un peu pédophile sur les bords. Aussi, aujourd’hui, je me gausse, je me marre, je m’esbaudis, que la gauche morale, parangon de la bien-pensance, avale des couleuvres, et qu’elle soit obligée de déboulonner ses propres icônes. Et c’est donc avec une satisfaction un brin vacharde que j’ai suivi la mise en accusation du curaillon Grouès dit « l’abbé Pierre ». Rappelons brièvement qui était ce curaillon miteux : Grouès naît le 5 août 1912 à Lyon, dans une famille bourgeoise, très riche et très pieuse, de négociants en soie. Chez les scouts, on le surnommera « castor méditatif ». Le castor travaille avec sa queue ; il semblerait que Grouès soit resté castor toute sa vie !
En 1931, il entre chez les capucins ; il devient « Frère Philippe ». Il est ordonné prêtre le 24 août 1938 en même temps que le jésuite Jean Daniélou, le futur cardinal, décédé en mai 1974, chez Gilberte Santoni, une prostituée de 24 ans. J’y vois comme un clin d’œil de l’histoire. De santé fragile, Grouès quitte l’ordre des capucins en avril 1939, pour devenir vicaire à Grenoble. Puis il est mobilisé comme sous-off dans un régiment du Train en décembre 1939. Sa santé fragile fait qu’il passe la totalité de la « drôle de guerre » à l’hôpital. En octobre 1940, il est nommé aumônier de l’hôpital de La Mure (Isère) puis de l’orphelinat de La Côte-Saint-André. Là commence sa légende. Sa biographie nous apprend qu’il « recueille des enfants juifs dont les familles ont été arrêtées lors des rafles des Juifs étrangers en zone sud, en août 1942 ». Puis, en novembre 1943, il fait passer en Suisse Jacques de Gaulle, frère de Charles, ainsi que son épouse. Il participe à la création de maquis dont il est « un des chefs dans le Vercors et la Chartreuse ». Quels maquis ? Et quelles compétences militaires avait-il pour devenir chef de maquis ? Mystère !
Dans la clandestinité, Grouès adopte le nom d’« abbé Pierre » qui lui restera toute sa vie. En 1944, il est arrêté par les allemands à Cambo-les-Bains, dans les Basses-Pyrénées, puis… relâché. Il passe alors en Espagne et rejoint De Gaulle à Alger. Il devient aumônier de la Marine sur le cuirassé « Jean Bart » à Casablanca au Maroc. Jusque là, son parcours honorable ne souffre pas de critique et force même le respect.
Après la guerre, sur les conseils de l’entourage immédiat de De Gaulle, il se présente aux élections législatives. Il est élu député (à trois reprises) en Meurthe-et-Moselle, sous l’étiquette du « Mouvement Républicain Populaire » (MRP). Du 21 octobre 1945 à 1951, il siège au sein du groupe MRP. Mais ce faux humble est bouffi d’ambitions et se voit déjà un grand destin. Le 19 juin 1947, il fonde le « groupe parlementaire fédéraliste français » avec 80 autres députés. Il crée, en 1948, le « comité de soutien à Garry Davis », fondateur des « Citoyens du Monde ».
Garry Davis dénonçait les « égoïsmes nationaux ». Plus tard, il lancera avec d’autres un appel à s’inscrire dans le « Registre international des citoyens du monde ». Comme Macron, Grouès n’aimait pas la nation-France ce qui l’amène à quitter le MRP. Il rejoint alors la « Ligue de la Jeune République », mouvement chrétien socialiste, ainsi que le groupe de la « Gauche indépendante ». Le masque tombe ; ce fils de bourgeois est un mondialiste de gauche. Il se présente aux législatives de 1951, mais il est sévèrement battu. Cet ex-député dépité va-t-il rentrer dans le rang, se faire discret et se consacrer enfin à son sacerdoce ? Que nenni, Grouès a compris le pouvoir de la communication. Il faut qu’on parle de lui. Le 29 mars 1952, il participe au jeu « Quitte ou double » animé par Zappy Max. Il gagne 256 000 francs de l’époque.
Peu de temps après, il va adopter sa fameuse cape. Le personnage légendaire est né : pour attirer la charité, pour inspirer la pitié, pour voir affluer les dons, il faut avoir l’air pauvre ; pour complaire aux miteux, il faut avoir l’air miteux… Un béret basque, une barbe de prophète et une cape contribueront à créer le mythe du saint homme. Mais, rien ne vaut un coup d’éclat tonitruant, un bon coup de « com ». La notoriété de Grouès va exploser durant l’hiver 1954, particulièrement dur pour les sans-abri. Il lance le 1er février 1954 un vibrant appel sur Radio-Luxembourg (future RTL), qui deviendra l’« Appel de l’abbé Pierre ». « Mes amis, au secours… Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée… Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant tant d’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !… ». Dès le lendemain, toute la presse unanime parlera « d’insurrection de la bonté ». L’appel rapporte 500 millions de francs en dons (2). Avec cet argent, l’abbé fait construire la cité d’urgence de Noisy-le-Grand (3).
Quelques mois plus tard, quand on demande au saint homme de prendre position en faveur de la garnison de Diên-Biên-Phu, ce dernier refusera sa pitié à cette « armée colonialiste » ; sa sympathie allant aux combattants du Vietminh communiste. Peu de temps après, pendant la guerre d’Algérie, le même va parrainer le « Comité pour la défense du droit à l’objection de conscience » aux côtés d’André Breton, Albert Camus, Jean Cocteau et Jean Giono. Puis il condamnera la torture pratiquée par… les paras français. L’abbé Grouès avait choisi son camp, celui du FLN, contre la France.
D’abord très spontané, le mouvement « Emmaüs » se structure progressivement. En 1985 est créée l’association « Emmaüs France ». Plus tard, en 1988, l’abbé crée la « Fondation Abbé-Pierre ».
Grouès est, avec sa secrétaire Lucie Coutaz, à l’origine d’« Emmaüs », mais il n’en a jamais été un dirigeant opérationnel. Peu porté sur l’organisation, il préfère initier de nouveaux projets ; il laisse les basses besognes aux autres. Mais en revanche, il sait compter l’argent qui entre dans les caisses.
En avril 1996, son ami Roger Garaudy, ancien communiste converti à l’islam, est accusé de « négationnisme » lors de la sortie de son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne. Grouès lui apporte son soutien. Ceci lui vaut le désaveu de quelques amis. Bernard Kouchner lui reproche « d’absoudre l’intolérable ». Il est publiquement fustigé par le cardinal Jean-Marie-Aaron Lustiger. Vidal-Naquet déclarera : « Je crains que la prise de position de l’abbé Pierre ouvre les vannes d’une poussée antisémite ». Décidément, ce curé miteux avait tout pour plaire !
Venons-en, pour conclure, à la soi-disant découverte tardive de la sexualité débridée de ce vicelard libidineux. Le 17 juillet 2024, « Emmaüs International » publie un rapport qui présente les témoignages de 7 femmes rapportant des « comportements pouvant s’apparenter à des agressions sexuelles » de la part de l’abbé entre la fin des années 1970 et 2005, l’une d’entre elles étant mineure au moment des faits. Le 6 septembre 2024, un second rapport faisant état de 17 nouveaux témoignages qui évoquent « des agressions sexuelles sur une personne vulnérable et sur une mineure ainsi que des fellations imposées qui peuvent être qualifiées de viols ». Les accusations concernent la période comprise entre les années 1950 et 2000 et proviennent de différents pays. Pendant plus de 50 ans, des enquêtes démontrent que les abus sexuels de l’abbé étaient connus de l’Église.
Le 13 janvier 2025, « Emmaüs » et « la Fondation Abbé Pierre » rendent public un recueil de 9 nouveaux témoignages. L’abbé Pierre est accusé d’un viol sur un garçon âgé de 9 ans. Deux autres récits concernent des mineurs âgés de 8 à 10 ans. Il aurait aussi commis des abus incestueux sur deux membres de sa famille.
Un quatrième rapport (du 9 juillet 2025) fait état de 12 nouveaux témoignages, dont 7 concernent des mineures au moment des faits, ce qui porte à 45 le nombre de témoignages. Au total au moins 68 victimes ont été identifiées. Parmi elles, 12 personnes mineures ont été recensées. Et « Libération », ce torchon de gauche qui l’a encensé durant des années, écrira que « désormais, l’abbé Pierre apparaît comme un pédocriminel avéré ». On croit rêver ! Mais ce n’est pas tout : en avril 2025, l’ouvrage « Abbé Pierre, la fabrique d’un Saint » (4) révèle que l’abbé aurait détourné des fonds issus des dons à Emmaüs. « Le Monde », en décembre 2025, nous explique comment l’Abbé prétendait être miséreux mais disposait de revenus très conséquents : en 1979, il perçoit sa retraite d’ancien député et celle de prêtre diocésain, mais à partir de 1989, il reçoit également de nombreux droits d’auteur qu’il ne mutualise surtout pas avec ses chiffonniers. Jusqu’au début des années 2000, il continue de recevoir de nombreux dons et legs, sans que personne n’ose dénoncer la manœuvre. Il reçoit aussi à titre personnel une partie des gains de plusieurs communautés.
Les archives de Roubaix révèlent 13 comptes au nom de l’abbé, domiciliés dans des établissements différents, un portefeuille d’actions et une assurance-vie. Il utilisait cet argent pour aider des femmes, les placer sous son influence et en faire ses objets sexuels. Mais il payait aussi avec ses virées au bordel. La presse, mal à l’aise, nous dit que « son implication dans des réseaux pédocriminels est envisagée ». Il parait que ce vieux vicelard aimait caresser les seins des femmes. En fait, peut-être ne savait-il pas à quels seins se vouer ? Mais c’est au Tout-Puissant de le juger, pas à moi. On ne tire pas sur une ambulance, encore moins sur un corbillard ! Pour ma part, je l’ai toujours traité de faux-derche et de salopard ; je persiste et signe ! Notre pays a les héros qu’il mérite, surtout depuis qu’il est décadent et à honte de son passé (et de ses véritables héros). La République a attribué à Grouès la Grand-Croix de la Légion d’honneur (le 13 juillet 2004). Lors de ses obsèques, le 26 janvier 2007, les drapeaux français étaient en berne lors de l’hommage national. Dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, en présence de la famille, des personnalités politiques de tous bords étaient présentes : Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy, Bertrand Delanoë, Jack Lang, François Bayrou, ainsi que plusieurs ministres. Bande de faux-culs, car à cette époque tout le monde connaissait les turpitudes de ce vieux porc priapique mais il ne fallait pas déboulonner la statue de la personnalité préférée des Français. À sa mort, certains voulaient qu’il entre au Panthéon après des obsèques nationales. Finalement peut-être que ce vieux dégueulasse aurait sa place au sein de ce temple de la laïcité maçonnique ?
Eric de Verdelhan
1) Car, c’est bien connu, le FLN ne pratiquait pas le torture. Les massacres de 120 à 150 000 Harkis et leur famille tendraient pourtant à prouver le contraire.
2) Dont deux millions de Charlie Chaplin qui dit à cette occasion : « Je ne les donne pas, je les rends. Ils appartiennent au vagabond que j’ai été et que j’ai incarné. »
3) Cité qui ressemble à un bidonville car elle s’inspirait du projet de l’architecte américain Martin Wagner : les bâtiments sont en forme de demi-bidon métallique.
4) « Abbé Pierre, la fabrique d’un Saint » de Marie-France Etchegoin et Laetitia Cherel ; Allary Éditions ; 2025
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