Alexis Kohler, alias « le Belphégor de l'Élysée », mignon absolu et vice-président fantôme ?
Auteur(s)
Xavier Azalbert, avec des observateurs de la Cour, France-Soir
Alexis Kohler, alias « le Belphégor de l'Élysée », mignon absolu et vice-président fantôme ?
France-Soir
Dans l’ombre du palais, il était l’araignée au centre de la toile. Discret, impitoyable, omniprésent sans jamais l’être. Alexis Kohler, 53 ans, a régné sur l’Élysée pendant huit ans comme secrétaire général – un poste théoriquement administratif, mais qu’il a transformé en véritable co-présidence.
Fidèle parmi les fidèles d’Emmanuel Macron depuis Bercy, il incarnait le mignonnisme macronien à son paroxysme : ascension fulgurante par loyauté personnelle, influence démesurée sur l’économie et les nominations, intouchabilité malgré les scandales.
Mais, comme dans l’histoire des favoris d’Henri III, le vent a tourné : Kohler a quitté son poste en avril 2025, laissant derrière lui un sillage de dossiers judiciaires et de regrets élyséens.
Un parcours taillé sur mesure pour le prince
Né en 1972 d’un père diplomate et d’une mère haute fonctionnaire, Kohler suit le chemin classique des élites : ESSEC, Sciences Po, ENA (promotion Léopold-Sédar-Senghor, 2001).
Dès 2002, il atterrit à Bercy, au Trésor, où il gère les grands équilibres financiers.
En 2012, il devient directeur de cabinet de Pierre Moscovici à l’Économie, poste qu’il conserve sous Emmanuel Macron en 2014. C’est là que naît la légende : Kohler, l’énarque discret, murmure à l’oreille du ministre des secrets des marchés, des fusions et des deals internationaux. Sa loyauté est absolue – pas un mot de travers, pas une ambition personnelle visible.
Mai 2017 : Macron élu, Kohler est propulsé secrétaire général de l’Élysée à 44 ans.
Le rôle ? Officiellement, coordonner l’administration présidentielle.
En réalité, il devient le filtre de toutes les décisions : nominations ministérielles (il a validé Attal, Borne, Darmanin), arbitrage sur les réformes (retraites, chômage), et même les crises (Benalla, gilets jaunes, Covid).
Les ministres le décrivent comme un « cerveau froid » : il lit tout, décide de tout, sans jamais s’exposer. « Il est le vrai Premier ministreet tout le monde le sait, et le craint », chuchote-t-on dans les couloirs. Pendant huit ans, il surpasse tous ses prédécesseurs en longévité – plus que Villepin sous Chirac, moins que Bianco sous Mitterrand. Son bureau, au cœur du palais, est une annexe de Bercy : banquiers, industriels, patrons du CAC 40 y défilent pour plaider leur cause, avec l’onction macronienne.

Le mignon en action : abus et influence toxique ?
Comme les favoris d’Henri III, Kohler excelle dans ce que notre observateur appelle « l’abus discret du pouvoir ». Son emprise sur l’économie est hors norme : il pilote les privatisations (ADP, Aéroports de Paris), les fusions géantes (Veolia-Suez), et les aides d’État (milliards pour Air France pendant la pandémie), « sans que personne n’ait rien à dire, si un mouftait de trop il était vite recadré ».
Mais c’est là que les ombres s’allongent. Kohler cumule les conflits d’intérêts, protégé par l’Élysée comme Joyeuse l’était par le roi.
- L’affaire MSC (2018-2025) : Kohler, cousin de la famille Aponte (actionnaires majoritaires de l’armateur italo-suisse MSC), a supervisé des contrats publics avec l’État alors qu’il siégeait aux conseils d’administration de STX France (racheté par MSC). Soupçonné de « prise illégale d’intérêts » et « trafic d’influence », il est mis en examen en septembre 2019 par le Parquet national financier (PNF). Malgré cela, il reste en poste – Macron le défend publiquement comme « légitime ». En 2025, il fait appel de sa mise en examen, clamant son innocence, mais l’affaire traîne toujours.
- Veolia-Suez (2020-2021) : Le PNF ouvre une enquête pour « trafic d’influence » après des révélations sur des rencontres secrètes entre Kohler, des lobbies et les patrons. L’opération, validée par l’Élysée, sauve Veolia mais ruine Suez – au profit de qui ? Les soupçons pointent des liens familiaux et professionnels occultes.
- L’affaire Nestlé Waters et l’entente politico-industrielle : En 2022, Kohler refuse de comparaître devant une commission d’enquête parlementaire sur les liens entre l’exécutif et Nestlé, impliquée dans un scandale sanitaire massif (2021-2024) : microfiltration illégale de l’eau minérale pour des marques comme Vittel, Perrier, Hépar et Contrex, qualifié de « fraude massive » par Foodwatch. Ce refus, invoquant une séparation des pouvoirs infondée, est vu comme un délit pénal (ordonnance de 1958, jusqu’à 2 ans de prison et 7 500 € d’amende). Des soupçons de subornation de témoin émergent, avec une plainte contre X déposée en 2025.
Kohler, surnommé « l’homme qui murmure à l’oreille de Macron », aurait supervisé des arbitrages complaisants entre l’Élysée et les industriels, protégeant des « pratiques politiquement explosives » durant la Covid et le Conseil de défense. Critiques acerbes sur cette « entente politico-industrielle » institutionnalisée sous Macron : inaction des autorités sanitaires, immunité présidentielle (article 67), et profits colossaux pour Nestlé (4 milliards d’euros supplémentaires via des violations impunies), au détriment des consommateurs. Des liens indirects via Macron (ex-Rothschild, impliqué dans un deal Nestlé-Pfizer en 2012) alimentent les soupçons de favoritisme systémique.
- Autres faits marquants : En 2019, audition explosive au Sénat sur Benalla : Kohler est accusé de faux témoignage pour avoir minimisé le rôle d’Alexandre Benalla et justifié son port d’arme. Il refuse des convocations parlementaires en 2025 (sur les finances publiques ou les eaux minérales Nestlé), invoquant la « séparation des pouvoirs ». Résultat : menace de poursuites pénales par l’Assemblée. Et en juin 2022, il bloque la candidature de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée, l’appelant personnellement pour la dissuader au profit de Roland Lescure – un népotisme pur jus, où l’Élysée préfère ses poulains malléables aux profils indépendants comme elle (qui finira pourtant élue, au grand dam de Kohler). Il tentera de l’évincer de la course à sa réélection, une nouvelle fois, en 2024 après la dissolution. Quand on aime on ne compte pas !
Ses abus ? Népotisme (promotions pour les siens), opacité (deals conclus dans le secret), et une rigidité qui incarne le macronisme tardif : dissolution de 2024, limogeage du PDG d’EDF sur un coup de fil d’industriels.
Père de trois enfants, il fuit les projecteurs, marqué par l'affaire Benalla : « Je ne serai jamais l’homme derrière ce bureau », confie-t-il.
Le sort du mignon : disgrâce dorée, mais judiciaire
Kolher ne finit pas comme le duc d’Épernon (1) après Henri III, mais il paie le prix. En mars 2025, après la dissolution ratée et les affaires qui s’accumulent, il démissionne – officiellement pour « raisons personnelles », en réalité pour fuir la lumière. Il rejoint Société Générale comme directeur général-adjoint et président de la banque d’investissement en juin 2025, un parachutage juteux (salaire estimé à 500 000 €/an), validé par la HATVP malgré des doutes sur des conflits potentiels avec d’anciens projets étatiques.
Remplacé par Emmanuel Moulin (ex-Dircab d’Attal), il laisse un vide : « Un grand serviteur de l’État », pleurent les ministres.
Mais les détracteurs ironisent : « Le vice-président s’en va avec ses casseroles. »
Kohler illustre le mignonisme macronien : brillant, loyal, intouchable… jusqu’à ce que le prince faiblisse.
Son départ, en avril 2025, coïncide avec la cohabitation Bayrou et les enquêtes en cours.
Va-t-il, comme Joyeuse, être rattrapé par la justice ? L’histoire le dira.
Pour l’instant, il savoure sa retraite dorée, tandis que l’Élysée tangue sans son ombre.
Il serait attendu « remplaçant de Rémy Rioux à la tête de l’Agence Française du Développement ». Rioux lui étant donné à la Cour des Comptes. Comme quoi en République … mignonne rime avec pigeonne.
À suivre dans l’épisode 2 : Richard Ferrand, du scandale des mutuelles au perchoir constitutionnel – un fidèle recyclé à prix d’or.
1) Il fut assassiné.
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